Inondations dans la capitale économique ivoirienne et la double responsabilité : administrative et citoyenne

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Inondations dans la capitale économique ivoirienne et la double responsabilité : administrative et citoyenne
16 May 2021

Inondations dans la capitale économique ivoirienne et la double responsabilité : administrative et citoyenne

Une pluie diluvienne s’est abattue sur la capitale économique ivoirienne, Abidjan, dans la nuit du 18 au 19 juin, causant plusieurs dégâts matériels et des pertes en vie humaine. Suite à cette situation catastrophique, une réunion extraordinaire du Conseil National de Sécurité, présidé par le Président de la République, a procédé par un point des faits[1] avant d’annoncer une série de mesures. Il s’agit de mesures d’urgence et de prévention.

Les mesures d’urgence prises ont un caractère humanitaire. Elles impliquent une assistance aux sinistrés, une protection des biens et personnes, un curage de tous les canaux d’évacuation d’eau de ruissellement etc. Quant aux mesures préventives, plus importantes mais aussi problématiques, elles ont un caractère essentiellement coercitif à quelques exceptions près. En effet, le Conseil National de Sécurité a décidé de procéder à la destruction des constructions réalisées dans les bassins d’orage et sur les ouvrages de drainage et d’assainissement (ces constructions sont aussi appelées constructions anarchiques), le déguerpissement des personnes vivant dans les zones à risque etc.

Il convient de noter, cependant, que les dégâts enregistrés ont suscité des questionnements légitimes au sein de l’opinion publique ivoirienne. Les mesures prises par l’État ivoirien ne sont pas en reste. En effet, les questionnements suscités à la suite de ces événements malheureux renvoient à deux grandes problématiques indissociables l’une de l’autre. Il s’agit d’une part de la maîtrise de l’urbanisation galopante dans la capitale économique et, d’autre part, de l’incivisme ivoirien.

La première renvoie à la responsabilité de l’État ivoirien tandis que la seconde porte sur la responsabilité citoyenne, c’est-à-dire la responsabilité en tant que citoyen ivoirien.

La responsabilité de l’État ivoirien est légitimement recherchée dans cette catastrophe pour plusieurs raisons. D’abord, cette responsabilité découle de la délivrance irrégulière de permis de construire et le non-respect du plan d’urbanisation à Abidjan. Ensuite, elle provient du non suivi des constructions suite à la délivrance de permis de construire ; donc d’une absence de vérification des constructions, éventuellement, autorisées par rapport aux normes de construction et aux plans locaux d’urbanisation. Enfin, elle résulte du laxisme administratif (étatique) qui a tendance à laisser prospérer l’illégalité, à laisser faire l’interdit. En effet, il n’est pas rare de constater le silence de l’administration ivoirienne face aux occupations illégales, par les citoyens, de certaines zones périphériques de la ville d’Abidjan considérées comme zones à fort risques.

Ces faits, incontestables, mettent en cause la responsabilité de l’administration ivoirienne mais aussi la capacité de l’État à faire régner l’ordre et à protéger ses citoyens.

Quant à la responsabilité citoyenne des ivoiriens, elle est la conséquence du laxisme étatique et de la corruption de l’administration. Au-delà du défaut de citoyenneté assortie d’incivisme ou d’inconduites notoires de certains ivoiriens, c’est la conjugaison du laxisme étatique et citoyen observé en Côte d’Ivoire qui donne libre court aux situations catastrophiques telles que vécues la nuit du 18 au 19 juin. En effet, à Abidjan comme dans les autres villes de l’ensemble du pays il est courant de voir des constructions anarchiques sur des canalisations et l’obstruction volontaire ou involontaire de canaux d’évacuation d’eau de ruissellement. Pire, cela est observable donc au vu et au su de tous (administration et citoyens).

Cette catastrophe, certes naturelle, est une catastrophe de plus et un message de plus à l’endroit de l’administration ivoirienne et aux citoyens ivoiriens. La nature semble nous dire que si nous ne faisons pas les choses dans les règles de l’art, elle saura toujours nous le rappeler à l’ordre. Il est donc grand temps, d’une part, que l’État ivoirien sorte de son laxisme irresponsable pour une administration responsable et optimale et, d’autre part, que les citoyens ivoiriens deviennent des citoyens responsables. La responsabilité que nous appelons de part et d’autre est une responsabilité ‘‘contagieuse’’. Autrement dit, si les citoyens ivoiriens se responsabilisent, L’État ivoirien va se responsabiliser ; si l’État ivoirien se responsabilise, les citoyens ivoiriens n’auront pas d’autre choix que de se responsabiliser. Il s’agit ici d’une équation basée sur l’engagement et la volonté pour le changement des uns et des autres.

Références

  1. ^ Le Conseil National de Sécurité a annoncé la mort de 20 personnes dont 2 à l’intérieur du pays ; 136 familles sinistrées et déplacées ; effondrement de plusieurs maisons ; routes inaccessibles et interruption partielle de fourniture d’eau et d’électricité dans certaines localités du pays.

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