Une nouvelle monnaie pour les pays de la CEDEAO en 2020

  • Accueil
  • /
  • Une nouvelle monnaie pour les pays de la CEDEAO en 2020
Une nouvelle monnaie pour les pays de la CEDEAO en 2020
19 Apr 2021

Une nouvelle monnaie pour les pays de la CEDEAO en 2020

Le président de la République de Côte d’Ivoire, Monsieur Alassane Ouattara a annoncé ce samedi 21 décembre, lors d’une conférence de presse, la suppression du franc CFA au profit d’une nouvelle monnaie « l’ECO ». Cette annonce a été faite en compagnie du président français, Monsieur Emmanuel Macron alors en visite officielle de 48h en Côte d’Ivoire.

Cette visite a permis aux deux chefs d’État d’échanger sur plusieurs questions, en l’occurrence, la sécurisation du sahel pour la lutte contre le terrorisme, l’accord relatif à la mise en œuvre et à l’organisation de l’académie internationale de lutte contre le terrorisme à Jacqueville, une convention de crédit dans le secteur de la santé, la signature de l’avant-projet de construction du métro d’Abidjan, le futur grand marché de Bouaké, la suppression du Franc CFA au profit de l’ECO.

Si cette visite reposait sur plusieurs enjeux, la suppression du Franc CFA au profit de l’ECO est celle qui soulève actuellement des interrogations de la part de la population. Qu’est-ce qui change réellement ?

Trois changements majeurs sont à souligner :

D’abord, le changement du nom de la monnaie qui passe du Franc CFA à l’ECO. Ensuite, l’arrêt de la centralisation de 50 % des réserves de changes au trésor français et la fermeture du compte d’opération. Enfin, le retrait des représentants de la France de tous les organes de décision et de gestion de l’UEMOA (Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine).

Le franc CFA est une monnaie coloniale créée en 1945. Si l’abréviation CFA correspondait de 1945 à 1958 aux « Colonies françaises d’Afrique », sa signification a évolué à partir de 1958 au profit de « Communauté française d’Afrique » en raison de l’accession à l’indépendance des pays africains.

Cependant, au fil des années, le Franc CFA a été l’objet de plusieurs critiques de la part des populations de la zone franc qui considèrent que cette monnaie n’incarne pas réellement une indépendance monétaire. Trois facteurs peuvent justifier cette critique.

 

Le premier est relatif au lieu d’impression des billets du Franc CFA. Ces billets sont actuellement imprimés en France. Or, la monnaie est un symbole de souveraineté d’un État. La fabrication des billets dans un autre État jette le discrédit sur l’indépendance monétaire des pays membres de l’UEMOA par rapport à la France.

Le second est relatif aux représentants de la France qui siègent au sein de tous les organes de décision et de gestion de l’UEMOA. Cela signifie que des représentants d’un pays non membre de l’UEMOA ont « un droit de veto » sur des décisions qui concernent des États membres de l’UEMOA.

Enfin, les pays membres de l’UEMOA n’avaient pas un véritable pouvoir de décision dès lors qu’ils ne pouvaient influer sur la dévaluation de cette monnaie. En témoigne la dévaluation du FCFA imposée par la France en 1994 après plus de 40 ans de parité fixe avec le Franc Français. Ce phénomène avait d’ailleurs été qualifié de « lâchage français ».

Ce sont donc tant de facteurs qui tendent à alimenter les objections relatives à une réelle indépendance monétaire. Longtemps controversé par les populations de la zone franc, le franc CFA est considéré par celles-ci, à tort ou à raison comme un symbole de servitude, le signe du néo-colonialisme. Quoi qu’il en soit, la suppression du Franc CFA au profit de l’ECO, la fermeture du compte d’opération ainsi que le retrait des représentants français des différents organes de décisions permettra de désamorcer les critiques au sujet de la France-Afrique.

Par ailleurs, les chefs d’États de l’UEMOA ont fait le choix de la parité fixe avec l’euro et ont sollicité la garantie de la France. En effet, le Franc CFA est annexé sur l’euro selon une parité fixe garantie par la France. En contrepartie, les pays de la zone franc ont l’obligation de déposer 50 % de leurs réserves de change au Trésor français sur un compte. Dans les nouveaux accords sur l’introduction de la nouvelle monnaie, la France accepte de garantir la parité fixe avec l’euro et renonce à l’obligation qu’avaient les pays membres de l’UEMOA loger 50% des réserves de change au sein du trésor français. De même, la France ne fera plus partie des instances dirigeantes de cette monnaie. Ainsi, les meilleurs experts africains pourront être nommés afin de faire avancer ce sujet.

 

Pour le président ivoirien, il s’agit de renforcer les relations d’amitié et de coopération, de les rendre plus dynamique et diversifiées, de préserver le pouvoir d’achat des populations car la parité fixe par rapport à l’euro permet d’éviter l’inflation.

Pour le président français, la centralisation obligatoire était un véritable souci, un sujet de crispation dont il fallait mettre un terme. La révision de ces accord vieux de 46 ans était donc nécessaire. Selon le président Français, demander à la France d’être un garant est un gage de stabilité de l’ECO.

L’ECO réussira-t-elle là où le franc CFA a échoué ? En d’autres termes, l’Eco sera-t-elle considérée par les populations de la zone UEMOA comme un gage de l’indépendance monétaire des États membres de l’UEMOA ?

La suppression du Franc CFA au profit de l’Eco étant prévue pour l’année 2020, seul l’avenir nous le dira.

  • As-tu aimé cette publication? Partager sur: